Sanctuaire Notre-Dame de Grâces

" Qu’ on vienne en procession ici à Cotignac pour recevoir les dons que je veux y répandre "

Les homélies du pèlerinage des pères de famille 2019

Homélie du samedi 6 juillet de Mgr de Germay

Cotignac – pèlerinage des pères – Noces de Cana, Jn 2

Jésus change l’eau en vin ; ce n’est pas un tour de magie mais un signe. Il faut décrypter, chercher la signification.

Il n’y avait pas le mariage civil + le passage à la synagogue + le repas… Juste le repas de noces, qui est un acte religieux. « On manqua de vin » ; or le vin est signe de bénédiction ! Ca veut dire que le mariage est raté, un échec. Donc le signe est clair : Jésus est celui qui vient faire réussir le mariage.

Aujourd’hui, le mariage est fragilisé, déconstruit (dans les faits et dans les lois…) ; Jésus reconstruit le mariage.

Mais le signe va au-delà parce que pour les juifs le mariage est signe de l’Alliance. Donc la signification c’est : Jésus vient faire réussir l’Alliance entre Dieu et l’humanité, et donc entre Dieu et chacun d’entre nous.

C’est sur la Croix qu’il va sceller cette Alliance en son sang. Cet épisode annonce la Croix (« mon heure »).

Jésus va « fournir » 600 litres. C’est beaucoup trop ! Ca signifie la surabondance de la grâce. On manqua de vin ce jour-là, mais la grâce de Dieu ne fait jamais défaut (c’est aussi le message de Notre-Dame des grâces).

Vous avez peut-être connu des échecs (conjugal, professionnel…) ou des épreuves (maladie, handicap…). La grâce ne te fera jamais défaut. Quel que soit ton passé, tes casseroles… tu peux réussir ta vie, pas forcément aux yeux du monde (yacht en Corse !) … mais réussir l’Alliance.

Encore faut-il accueillir la grâce. Comment ? On peut relever 3 pistes dans ce passage :

 Marie dit : « faites tout ce qu’il vous dira ».

A-t-on intégré que la vie chrétienne consiste à faire la volonté d’un autre ? Parfois, on a des projets… et on demande à Dieu de nous aider ; mais on fait de lui un instrument à notre service. Or il s’agit de faire Sa volonté. Vous, en tant que pères, vous attendez de vos enfants qu’ils fassent ce que vous leur dites ; combien plus vous devez faire la volonté de votre Père qui est au Ciel !

Faire sa volonté suppose de l’écouter. Quelle place pour la Parole de Dieu dans ma vie ? Il faut le prévoir, l’organiser, ne serait-ce que quelques mn par jour (dans le métro, avant le petit dej…) ; sinon on est en état d’anorexie spirituelle.

Ensuite il faut la mettre en pratique. Si on prend l’Evangile au sérieux, on voit que ça dépasse nos forces. Et ça passe par un combat spirituel (cf. le combat de l’archange Michel contre le dragon, 1ère lecture). Il faut se battre ! aujourd’hui on parle beaucoup d’addictions : aux écrans, à l’alcool, à la pornographie (qui est un fléau, qui est comme un ver qui ronge de l’intérieur l’amour conjugal).. Il faut se battre ! mais toujours avec la grâce.

« Montre-toi un homme ! » dit l’Ecriture. Votre virilité ne vous a pas été donnée pour écraser les autres mais pour combattre le Mauvais. Cf. Joseph : il fuit devant Hérode qui veut faire mourir l’Enfant ; mais il a mené le bon combat, le combat de la chasteté, de la charité, le combat de la foi. Comme dit He 12,4 : « vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché ».

Etre serviteurs

Le Maitre de repas (qui se fait servir) n’a rien vu, rien compris. Il trouve bizarre que l’on serve le bon vin en dernier… les serviteurs, eux, ont vu le signe. Parce qu’ils sont serviteurs.

Le service n’est pas une option pour un disciple. Jésus demande d’être serviteur, comme lui s’est fait serviteur. Quelle place pour le service dans ma vie ?

Il existe des services bien repérables (scoutisme, bénévole à Cotignac, association, paroisse…) C’est bien ! C’est parfois valorisant. C’est bien aussi d’avoir des services plus discrets, moins valorisants. Cf. le témoignage de quelqu’un qui est à la fraternité Bernadette dans les quartiers nord de Marseille : « parfois j’ai l’impression de perdre mon temps ; on répète 100 fois la même chose ; on donne rendez-vous à quelqu’un pour l’aider mais il n’est pas là… » C’est bon de temps en temps de perdre son temps, de se sentir serviteur inutile ; ça nous apprend l’humilité, la gratuité. Et la gratuité ça laisse passer la grâce (même racine).

« Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui ».

Il faut voir la gloire de Dieu pour grandir dans la foi. Mais l’inverse est vrai : cf. Jésus à la sœur de Lazare : « si tu crois tu verras la gloire de Dieu ». En fait c’est un cercle vertueux.

Quoi qu’il en soit, un disciple c’est quelqu’un qui voit la grâce à l’œuvre ; qui fait l’expérience de la grâce. La grâce sous diverses formes : cf. la prière à Notre Dame des grâces : on demande la persévérance, la consolation, le courage, la santé, le repentir, le pardon.

Aujourd’hui on parle de crise dans l’Eglise. C’est vrai mais il y a aussi quelque chose  de très beau : un réveil missionnaire. On prend conscience qu’on est tous appelés à être missionnaires. Avant de venir ici, j’ai participé à une session où intervenaient de jeunes laïcs à l’origine d’initiatives missionnaires (Anuncio, Wemps…). L’une d’entre eux nous a dit à la fin : ce qui m’étonne, c’est que je ne vous ai pas entendu parler de qui est le Christ pour vous… Même si ce n’était pas le but de la session, elle a mis le doigt sur une réalité : on a parfois du mal à dire qui est le Christ pour nous.

Or être missionnaire, ce n’est pas répéter une leçon apprise par cœur… il faut que nous soyons capables de dire qui est le Christ pour nous !

Etes-vous capables de dire qui est le Christ pour vous, ce qu’il a fait pour vous dans sa miséricorde, comment vous faites l’expérience de la grâce, comment il transfigure vos échecs en grâce ?…

Vierge Marie, toi qui es notre Mère, aide-nous à croire que la grâce ne nous fera jamais défaut pour que nous puissions faire la volonté de ton Fils. Apprends-nous à avoir toujours soif du don de Dieu. Fais que nous puissions voir la grâce à l’œuvre dans nos vies, et en témoigner. Amen.


Homélie du dimanche 7 juillet de Mgr Rey

Pourquoi pèleriner sous le soleil ardent de cet été caniculaire jusqu’à ce sanctuaire de Cotignac ? Certes, nous marchons d’abord pour nous-mêmes, pour grandir personnellement dans la foi. La foi, nous le savons, passe par le cœur pour qu’il soit tout à Dieu. Elle passe aussi par la tête afin que notre intelligence puisse mieux le connaître. La foi passe encore par la mémoire afin de retrouver la trace du Seigneur dans notre histoire personnelle. La foi emprunte aussi la voix de la volonté afin de faire et de refaire chaque jour le choix de Dieu… Mais la foi passe aussi par les pieds.

Rappelons-nous ces grandes figures bibliques qui témoignent combien la marche participe du cheminement de la foi ; depuis Adam chassé du paradis ; en passant par Abraham qui, à l’appel du Seigneur, quitte son pays pour une terre lointaine et encore inconnue ; jusqu’à Moïse qui guide le peuple élu à travers la Mer Rouge et le désert du Sinaï… Jésus lui-même dans son incarnation a été un pèlerin. Dès sa petite enfance, il est conduit par Joseph son père adoptif, en Egypte pour échapper au massacre des Innocents, puis, toujours sous la garde de ses parents, il retourne en Israël où il montera à Jérusalem avec ses parents pour être présenté au Temple. Dans son ministère public Jésus n’aura de cesse de parcourir les routes de Palestine jusqu’à son ultime montée à Jérusalem où il célèbrera sa Pâque.

Nous le savons la marche, dans le balancement rythmé et régulier du corps d’un pied à l’autre, favorise l’intériorisation et le cheminement de la pensée, le déplacement de soi vers un but qui pour nous chrétiens, est le Seigneur, vers lequel nous sommes tendus et par lequel, seul, on se comprendra soi-même. Religion de la Pâque, du passage, le christianisme nous convie à une mobilité qu’on appelle du mot de conversion. Elle implique des changements, des révisions de vie, mais à partir d’une ferme adhésion au Christ qui nous entraîne vers le Père et vers nos frères.

Mais nous ne pèlerinons pas uniquement pour nous-mêmes. Nous transportons avec nous, nous portons dans notre prière les intentions de personnes proches et amies qui nous ont confié leur fardeau et leurs attentes de guérison ou de consolation.

L’histoire de Cotignac souligne que la démarche du roi Louis XIII de se rendre dans ce sanctuaire sur les recommandations du frère Fiacre, lie fondamentalement ce lieu à l’histoire de France, à la préservation de son avenir à travers l’obtention d’une descendance. Nous découvrons ici à Cotignac que nous marchons aussi, pas simplement pour nous-mêmes, mais aussi pour la France, en nous tournant vers Celle qui est la patronne de notre pays, sa protectrice, la Vierge Marie en son Assomption comme l’a déclaré officiellement le pape Pie XI en 1922.

Oui, en nous dirigeant vers Cotignac comme vous l’avez fait, en traversant les collines, les forêts de Provence, les champs d’oliviers et de figuiers et les lavandes baignées de lumière, dans un transport de foi, d’espérance et de charité, nous portons dans notre prière particulièrement notre pays, dont ces paysages sont le visage. Ils s’impriment en nous au fur et à mesure que nous les côtoyons. Ils inscrivent en notre cœur leur douceur, leur harmonie, un réalisme qui nous parlent de Dieu.

N’oublions jamais que les peuples comme les personnes, ont une âme, une vocation à assumer. Le mot « patrie » évoque étymologiquement une paternité, on parle aussi de la mère-patrie. De même le mot nation s’origine dans le verbe naître. Ainsi chaque pays se comprend à partir de la terminologie familiale, comme une famille, une famille de familles, chaque nation ayant sa physionomie singulière, compte tenu de son histoire spécifique. L’amour de Dieu est le même pour tous, pour tous les peuples de la terre, même ceux qui ne le connaissent pas encore, mais chaque nation est aimée spécifiquement d’un amour de prédilection, selon sa vocation originelle.

Au cours de sa visite apostolique en 1980, Jean-Paul II adressait une adjuration pathétique aux chrétiens de France : « France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? »

Le dramatique incendie qui a ravagé et consumé récemment la toiture de la cathédrale de Paris, monument le plus visité d’Europe, constitue un signe prémonitoire pour notre temps. Une Eglise en feu. Le monde entier a entendu et pleuré en voyant cette blessure au cœur de Paris. Mais derrière cet édifice de pierre et le joyau architectural qu’il représente, au-delà des trésors mémoriels, artistiques et spirituels qu’il recèle, à travers ces flammes c’est un appel plus pressant qui a retenti jusque dans nos cœurs. Un avertissement. Un cri. Cet incendie n’était pas un simple accident, mais un signe des temps. Au-delà de l’attachement patrimonial à cette cathédrale, nous avons entendu l’avertissement de reconstruire un Temple spirituel, fracturé par les maux de notre temps ? Un Temple dont la pierre d’angle est le Christ, et dont les clés de voûte sont la foi, l’espérance et la charité, ces vertus qui nous rapportent à Dieu. L’Eglise est appelée sans cesse à renaître de ses cendres.

L’histoire nous enseigne en effet que les crises sont souvent réversibles : les civilisations sont mortelles mais elles peuvent aussi renaître. Les réveils spirituels qui ont traversé l’histoire de l’Eglise : l’essor du monachisme dans le haut moyen âge, le développement des ordres mendiants, la contre-réforme catholique du Concile de Trente et plus récemment, l’épopée des congrégations missionnaires au 19ème siècle…, tous ces grands renouveaux spirituels ont été les points de départ d’une résilience pour notre pays, d’une transformation de l’ensemble de la société. La crise dans laquelle se trouve plongé notre monde en général et de notre pays en particulier, et qui se traduit par une perte de repères, de sens, de mémoire et donc de culture, crise qui conduit à l’individualisme narcissique et à la fragmentation sociale en perdant tout dénominateur commun… ; toute cette crise fait ressurgir la nécessité de retrouver une infrastructure religieuse qu’on avait enterrée, comme un point d’Archimède, comme un socle à partir duquel tout peut rebondir.

L’homme ne peut pas se passer de la question de Dieu, car il ne peut pas se priver d’intériorité, de transcendance pour se penser lui-même. Tous les régimes politiques oppressifs à travers l’histoire, qui ont banni la place des religions sont morts avant elles. Ils ont voulu transférer les attributs de Dieu à la sphère publique, et cela a donné le pire : le culte de l’être suprême de Robespierre, le nazisme et son idée de sacrifice sanglant, le communisme qui s’est emparé des attributs religieux (qu’on se rappelle les pontifes Lénine et Staline et l’hérétique Trotski) et toutes les grandes utopies politiques. En niant l’au-delà, ils ont voulu créer un au-delà sur Terre : cela a débouché sur l’enfer totalitaire.

Depuis 2000 ans, l’Eglise a survécu aux pseudo-devins, à ceux qui ont prophétisé la fin du christianisme ou sa sortie vers d’autres religions et au nom des idéologies qui voulaient éradiquer le christianisme (nazisme, communisme, athéisme). L’Eglise a traversé les tourments de l’histoire, survécu à ses divisions internes et, malgré l’infidélité de ses membres à l’Evangile, elle continue de porter le message du Christ aux nouvelles générations. Elle est l’avenir de l’humanité.

Oui, la foi demeure l’inconscient de notre société, c’est-à-dire ce qui permet à des gens de vivre ensemble à partir de représentations sacrées et à partir de son histoire baignée de transcendance. L’expulsion ou la marginalisation du christianisme (accélérée par le discrédit médiatique qu’elle subit aujourd’hui suite à la révélation d’abus touchant certains de ses clercs), a fait perdre à la nation un soubassement spirituel, mais aussi une enveloppe anthropologique et sociale qui garantissait une homogénéité qui traversait les siècles. Le vide spirituel engendre le mal être existentiel aussi bien personnel que sociétal, mal être dans lequel s’engouffrent des offres ésotériques et syncrétistes les plus ambigües, les violences et les radicalismes les plus dangereux.

De notre monde post-chrétien monte, sans que nous ne l’osions toujours l’entendre, un immense besoin de christianisme, un christianisme attestataire et confessant.

En nous retrouvant ici à Cotignac, dans ces deux sanctuaires mitoyens, l’un dédié à la Vierge, l’autre à Joseph, gardien de la Ste Famille, nous puisons dans la grâce de Nazareth et de l’Incarnation qu’ils représentent, la source, la motivation, l’inspiration pour redonner à notre pays de France une identité spirituelle, une âme nouvelle.

La devise républicaine de liberté, d’égalité, de fraternité, ne se peut comprendre et intégrer qu’à partir de cette dimension familiale, paternelle et maternelle qu’a vécue la Ste Famille de Nazareth, au sein de laquelle ces valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, mais aussi de respect de la vie, du souci du petit et du partage, de la valeur du travail, de la quête du bien commun, de la vertu du quotidien ont été pleinement honorées, et qu’il nous faut, à notre tour, retrouver ou reconquérir.

Au terme de ce pèlerinage, au cours de cette célébration, prions pour notre pays, pour qu’il reste fidèle à la grâce de son baptême, pour qu’il retrouve un nouveau souffle missionnaire, non seulement pour lui-même, mais aussi au cœur de l’Europe et en direction de toute l’humanité, qu’il devienne ou redevienne témoin, prophète de l’Evangile.